mercredi 20 avril 2016

Manuscrits de Tombouctou : une rencontre exceptionnelle avec Abdoul Wahid Haidara, directeur de la bibliothèque "Mohamed Tahar"+

La visite exceptionnelle en Belgique et en France d'Abdoul Wahid Haidara, le directeur et propriétaire de la bibliothèque Mohammed Tahar, à Paris le 22 avril prochain, nous donne l'occasion d'une rencontre et d'un échange privilégié avec lui. Il nous donnera des nouvelles fraîches de la situation à Tombouctou, de la restauration de la bibliothèque en 2015 et des travaux de catalogage et de numérisation désormais en cours avec le soutien de la Fondation Singer Polignac. Sans oublier tous les projets de développement...
L'association des Amis d'Eva est fière de partager cette expérience de sauvetage avec vous à cette occasion.
Rendez-vous le vendredi 22 avril à 18 heures sur le site Cardinal Lemoine du Collège de France, 52 rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris, Salle Levi-Strauss (Ligne 10 du métro,Cardinal Lemoine ou Bus 89, arrêt Cardinal Lemoine).

vendredi 29 janvier 2016

Réouverture de la bibliothèque «Mohamed Tahar» à Tombouctou



 
Une relative stabilité s’est instaurée dans la région de Tombouctou depuis 2013 grâce à la MINUSMA, mission des Nations Unies au Mali. La vie a donc progressivement repris son cours, même si la situation est encore instable dans les environs de la ville.
Le 18 juillet 2015, Madame Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO inaugurait les principaux mausolées de la ville des 333 saints. Depuis cette date, quatre bibliothèques privées ont été réhabilitées grâce, notamment, à l’action du responsable du patrimoine de la ville, Ben Essayouti El-Boukhari. Ce dernier suit aussi de près notre partenariat avec la bibliothèque «Mohamed Tahar» dans le quartier de Sankoré. Le succès remporté par le financement participatif «L’or de Tombouctou» que nous avons lancé en 2015 a en effet permis d’entreprendre des travaux l’été dernier. Le 12 janvier 2016, la nouvelle plaque était posée et la bibliothèque ouvrait de nouveau ses portes.
Maître d’arabe et responsable de la bibliothèque et de ses 2 000 manuscrits, Abdoulawahid Haidara a maintenant deux objectifs : redonner vie au patrimoine familial qui lui a été confié et faciliter l’accès à ses manuscrits. Avec le soutien de la Fondation Singer Polignac, Abdoulwahid et Waly Haidara ont commencé à effectuer le tri et l’inventaire d’une sélection de manuscrits, encore rangés dans des malles.  
Abdoulwahid nous a d'abord confié la numérisation d’un traité inédit auquel il tient tout particulièrement: la Risala l-Maymuniyya fī tawhid al-jurumiyya. Ce commentaire ésotérique d’un célèbre traité de grammaire est rédigé par Ibn Maymūn (m. 917/1511) qui y traite des relations entre maître et disciple. Il est en cours d’édition et de traduction. 
En l’absence sur place de matériel performant, nous avons pris le pari de procéder à la numérisation des manuscrits avec des moyens locaux : un statif, fabriqué par un artisan de Tombouctou, et un iphone 4S. Des réunions régulières sur skype permettent de préparer ensemble le travail en amont. Seront en priorité photographiés les manuscrits les plus anciens ou les plus abimés, puis les traités et commentaires de droit musulman, les fatawa, les contrats et les correspondances ou encore les traités d’histoire locale. Ces textes pourront en effet être étudiés par les membres de la section arabe de l’institut de recherche et d’histoire des textes du CNRS. Si les manuscrits de Tombouctou sont un trésor que la communauté internationale souhaite préserver, leur contenu est encore très peu exploité par les chercheurs. Partager, faire connaître et transmettre les textes, voilà le but actuel de notre partenariat, en suivant l’exemple d’Eva de Vitray-Meyerovitch.

lundi 2 novembre 2015

Manifestation annuelle les 12 et 13 décembre 2015

Centre Védantique Ramakrishna  
64 boulevard Victor Hugo - 77220 Gretz


Comme chaque année depuis six ans les Amis d’Eva de Vitray-Meyerovitch organisent une rencontre avec des personnalités l’ayant connue, ou dont le parcours intellectuel et spirituel a été marqué par l’œuvre de la traductrice de Rûmî et d’Iqbal. Cette rencontre a toujours lieu en fin d’année, en mémoire des « noces » de Rûmî, le 17 décembre.
Cette année 2015 a été l’occasion d’une rencontre passionnante autour du Mathnawi, provoquée par Cheikha Nûr Artiran, de  la confrérie Mevlevi ( Istanbul), «la»  spécialiste de l’interprétation de cette œuvre majeure de Rûmî.  Depuis trois ans notre association propose à ses adhérents de participer à un cercle de lecture du Mathnawi, cette initiative de Cheikha Nûr a donc été vécue par eux comme un grand honneur. C’est une «amoureuse» d’Eva de Vitray, qu’elle qualifie de «vénérable». Un hommage au travail remarquable accompli par Eva de Vitray-Meyerovitch.

Programme :

Samedi 12 décembre 2015 de 14h30 à 18h30 : « Rûmî et la quête de l’absolu ».
Conférence de Cheikha Nûr Artiran.  Participation : 10 €, 5 € pour les adhérents.

Dimanche 13 décembre de 10h à 11h30 : « Ecoute le ney… »
Cheikha Nûr fera un « enseignement spirituel » sur l’ouverture du Mathnawi. Les 18 premiers distiques sont les seuls vers écrits par Rûmî, qui a dicté les six livres sans prendre lui-même la plume… Participation gratuite.
Dimanche 13 décembre 2015 de 14h30 à 16h : « Védanta et Soufisme, comment peuvent ils répondre à la soif de spiritualité du 21e siècle ?».
Echange entre Swami  Veetmohananda, responsable de l’ashram de Gretz et Cheikha Nûr Artiran. Participation gratuite.

Une méditation pour la Paix et l’Harmonie est proposée par Swami Veetmohananda dans la chapelle de l’ashram tous les samedi de 10h30 à 12h. La participation est gratuite et sans inscription.

mercredi 13 mai 2015

Des vers de Rûmî à l’or de Tombouctou : sauver le patrimoine islamique

Manuscrit de la bibliothèque Mohammed Tahar, à Tombouctou (Mali).Manuscrit de la bibliothèque Mohammed Tahar, à Tombouctou (Mali).

Quel est le lien entre le poète mystique de Konya, en Turquie, et une petite bibliothèque privée de manuscrits à Tombouctou ? « La beauté sacrée des mots », répondent les membres de l’association Les Amis d’Éva de Vitray-Meyerovitch, qui entendent mieux faire connaître l’esprit de fraternité et d’universalisme de cette grande dame de l’islam d’Occident,première femme à enseigner la philosophie comparée à l’université d’al-Azhar dans les années 1950. Morte à Paris en 1999, à 90 ans, elle a laissé derrière elle un trésor : la traduction en français duMathnawi de Rûmî, jusque-là ignoré des francophones.

Des vers de Rûmî à l’or de Tombouctou : sauver le patrimoine islamique

La beauté sacrée des mots

Alors que Rûmî composait au XIIIe siècle, en les dictant, les 25 000 dystiques de son célèbreMathnawi, poème mystique et commentaire du Coran, les caravanes sahariennes sillonnaient le désert chargées de textes précieux, des savoirs de Bagdad, de Damas, de Grenade, de Tolède, de Murcia, etc., que recopiaient à Tombouctou notamment (parmi les dizaines d’oasis qui ont conservé ces manuscrits) des centaines de copistes.

Mais il y avait aussi des savants maliens, comme Ahmed Baba, dont les textes parvenaient par le même moyen jusque dans les villes les plus lointaines de l’islam. Cette circulation des savoirs et des pensées les plus élevées a largement contribué à la civilisation lumineuse de l’islam du temps de son âge d’or.

La richesse des contenus de cette littérature inspirée est immense et subtile, et Tombouctou est restée, grâce à la conservation de ses bibliothèques de manuscrits, le symbole d’une tradition respectée, celle d’un islam ouvert inspirant toutes les règles du savoir-vivre ensemble de cette ville composée d’une quinzaine d’ethnies différentes. Les imams des trois grandes mosquées de Tombouctou ont fait face ensemble, fermement et tout en diplomatie à la fois, aux diktats des envahisseurs en 2012.

Un partenariat participatif

Les Amis d’Éva de Vitray, en lien amical depuis quelques années avec des bibliothécaires de Tombouctou, ont entrepris une campagne de financement participatif pour soutenir une bibliothèque privée de manuscrits, la bibliothèque Mohammed Tahar, représentative d’une centaine d’autres au moins, dont les efforts ont été anéantis par l’invasion des rebelles en 2012 et les intempéries. Cette action a pour ambition d’attirer l’attention, concrètement, sur les difficultés que rencontrent ces héritiers, souvent très démunis, de trésors qui concernent les croyants du monde entier, car ils témoignent de la profondeur de réflexion développée par les penseurs, savants et mystiques musulmans au temps de l’expansion de l’islam.

En Afrique, où la tradition orale est bien connue, existait aussi une circulation des connaissances écrites qui ont permis dès le XIIe siècle de créer l’une des premières universités du continent, à Tombouctou, l’université Sankoré. Des étudiants rassemblés autour de leurs maîtres s’initiaient à la bonne gouvernance, au fiqh, à la médecine, à la pharmacopée, à l’astrologie, à l’astronomie, aux mathématiques, à la géographie, à l’histoire de l’Afrique, à la philosophie, à la mystique, etc. Au XVIe siècle, Tombouctou abritait environ 100 000 habitants et autour de 10 000 copistes.

Ces textes ont été conservés de génération en génération par les aînés des familles héritières de savants maliens, qui les avaient rassemblés en leur temps pour constituer des bibliothèques du désert.

Les manuscrits sont aujourd’hui une « denrée » précieuse et les mercenaires qui ont occupé Tombouctou ne l’ignoraient pas : il y a eu plus de manuscrits volés pour être revendus à des amateurs peu scrupuleux que brûlés sur la place publique. Tous les efforts entrepris depuis une quinzaine d’années par les propriétaires de bibliothèques de manuscrits pour faire connaître ces savoirs aux visiteurs de plus en plus nombreux jusqu’en 2012 ont été anéantis. Les manuscrits sauvés et transportés à Bamako sont aujourd’hui menacés par un autre péril : l’humidité du Sahel, les mauvaises conditions de conservation et la dispersion pour revente illégale.

Quand le sacré disparaît, la barbarie apparaît

De la même façon qu’Éva de Vitray a permis aux lecteurs francophones d’accéder enfin aux ouvrages majeurs de Rûmî et du philosophe pakistanais Muhammad Iqbal, inspiré lui-même par le poète mystique de Konya, Les Amis d’Éva de Vitray-Meyerovitch lancent cette action pour contribuer à faire mieux connaître ces sagesses de l’islam longtemps gardées secrètes aux yeux des Occidentaux et conservées précieusement dans des malles et sous le sable pour échapper aux envahisseurs. Les héritiers de ces manuscrits sont conscients qu’aujourd’hui ils peuvent éclairer les questions qui se posent aux musulmans en Occident et en Orient.

Quand le sacré inspire la réflexion des savants, l’esprit peut s’aventurer très loin dans la connaissance. Ce que les lettrés occidentaux ont cru pouvoir oublier, jetant un défi dément à l’humanité : quand le sacré disparaît, la barbarie apparaît…

Lors des années qui ont précédé l’invasion évoquée de manière plutôt allégorique dans le filmTimbuktu commençait à se constituer dans cette ville des sables un circuit culturel informel, mais déjà fréquenté par des visiteurs curieux venus d’Europe et d’Amérique ou des pays du Moyen-Orient et du Golfe. Il était possible de se promener dans les rues de sable de la ville, de bibliothèque en bibliothèque, comme dans un circuit secret des savoirs, de discuter avec l’héritier responsable de la bonne conservation et de la transmission des trésors familiaux. Ce fragile début qui faisait respirer la population, économiquement délaissée par Bamako, permettait à des chercheurs de reconstituer une mémoire oubliée. Un retour aux textes pour se relier avec les plus beaux aspects de l’islam…

Un désir de fraternité constructive

Soutenir une bibliothèque, pour les Amis d’Éva, c’est montrer de la solidarité avec ceux qui ont su se transmettre la lumière du savoir et de la connaissance depuis des siècles. C’est vivre ensemble une aventure inédite : suivre à distance, très concrètement, la reconstitution et la sauvegarde des contenus précieux.

L’association a initié son action en 2014, en finançant un équipement informatique adapté aux besoins techniques de la bibliothèque et une formation à la numérisation par un émissaire spécialement envoyé à Tombouctou malgré les conditions d’insécurité en janvier 2015.

La numérisation désormais en route va permettre de sauver le contenu des 3 000 manuscrits que contient la bibliothèque Mohammed Tahar. La campagne de financement participatif s’est imposée d’elle-même tant les besoins matériels sont grands sur place. Elle devrait permettre la réfection de la toiture abîmée par la pluie, le renforcement des murs et l’installation d’étagères et armoires destinées à présenter les manuscrits. La bibliothèque Mohammed Tahar, l’ancêtre d’Abdoulwahid Haidara, actuel responsable, envisage de devenir un centre de ressources mis à la disposition des chercheurs et de détenteurs de savoirs désireux de les partager.

Partage, diffusion des connaissances, réflexion sur les sujets du passé ou contemporains, voilà des thèmes chers à Rûmî, Iqbal, Éva de Vitray, à tous les musulmans et les non-musulmans que la civilisation islamique intéresse. Une vision d’un avenir de paix et de partage que chacun peut contribuer à construire en rejoignant la campagne sur le site Facebook de l’association et en co-finançant le projet.

Article rédigé par Marie-Odile Delacour, publié initialement le 15 avril sur Saphirnews

lundi 16 mars 2015

L'or de Tombouctou

Le film Timbuku, récemment récompensé met en lumière une région, un peuple, une culture ainsi que les événements dramatiques de son histoire récente.
L'association « Les Amis d’Eva de Vitray-Meyerovitch » elle, souhaite mettre en lumière la part de l'héritage commun que cette ville a en dépôt à travers la sauvegarde de ses manuscrits.
Le 6 mars nous lançons une campagne de financement solidaire pour accompagner une bibliothèque privée de Tombouctou dans son travail de
« renaissance » après de longues années d’effort sapées par le passage des « envahisseurs » qui ont ravagé une partie de la ville. 

Cette campagne est réalisée sur la plateforme Kiss Kiss Bank Bank. 
Vous pourrez la suivre pendant trois mois, savoir très exactement à quoi servira l'argent récolté, découvrir lhistoire de la bibliothèque, de celui qui en a hérité, des dégâts subis lors de loccupation des mercenaires àTombouctou, ce que lassociation a déjà réalisé sur place...
En février, nous avions sur place un photographe professionnel qui aévalué les besoins et commencé à former des bibliothécaires à la numérisation des manuscrits pour sauvegarder en urgence les plus abimés.
En parallèle, nous lançons la traduction d'un texte manuscrit inédit du xvie siècle rédigé par Ibn Maymûn ‒ commentateur dIbn Arabi ‒appartenant à la bibliothèque que nous soutenons, la bibliothèque Mohammed Tahar.

Le site de la collecte est dès à présent ouvert à votre participation :

 

Nous vous invitons aussi à suivre cette campagne sur facebook avec le lien suivant :


L’Association « Les Amis d’Eva de Vitray-Meyerovitch » entend se situer dans l’esprit d’universalité et de transmission qui a caractérisé cette islamologue dont l’œuvre prend davantage de sens encore aujourd'hui car elle offre un accès passionnant à l’islam, si méconnu et mal compris de certains musulmans et non musulmans. Traduire un manuscrit deTombouctou et accompagner une bibliothèque dans sa renaissance, c’est pour notre association une manière de faire connaitre l’islam de paix et de spiritualité qu’Eva de Vitray a dévoilé à l’Occident à travers ses traductions de l’œuvre de Rûmî.

Nous vous remercions de votre soutien, de votre adhésion à notre projet, et de diffuser largement autour de vous cette campagne.